Dette publique: hausse des taux?

Fin janvier 2018, les taux obligataires ont connu une remontée notable. Après des années de taux plancher, cette hausse pourra porter à conséquence. Les États-Unis et les pays européens ont en effet vu leurs dettes publiques croître sous l’effet de la crise née des subprimes ayant contaminé l’ensemble du secteur bancaire de l’Union.

Taux en hausse sur fond de croissance

Les bonds du Trésor américain ont connu une hausse en cette fin janvier 2018. Pour une échéance à dix ans, les taux ont atteint 2.74%. Les raisons de cette tendance sont les perspectives économiques positives. Avec la croissance, les taux tendent à augmenter. Côté européen, même constat! Le Bund allemand à 10 ans a presque doublé en moins d’un mois. De 0.4%, il est passé à 0.7% en cette fin janvier 2018. La France, comme la Belgique, suit le mouvement. Le seuil de 1% s’approche alors que voici quelques semaines, le taux à 10 ans affichait à peine 0.6%.

Resserrement de la politique monétaire

Qu’est-ce qui explique cette tendance, plus rapide qu’anticipée? La raison est simple. Il existe la crainte de voir les banques centrales resserrer leurs politiques monétaires. Après des années d’argent “facile”, les banquiers centraux pourraient décider de mettre fin à la création monétaire. La justification de cet arrêt trouve sa source dans le retour de la croissance économique. Avec celle-ci, il devient inutile de continuer à injecter de grandes quantités de liquidités avec l’espoir de soutenir la demande. D’une manière plus imagée, cela consiste à ralentir la planche à billets. Une telle politique, dite restrictive, se réalise par une hausse des taux ou par une baisse des liquidités injectées dans le système bancaire.

Pétrole en hausse

Dans cette perspective, le danger est de voir apparaître une inflation marquée. Or, les cours du pétrole sont vigoureux. Le prix du Brent avoisine les 70$, une hausse de prix de 10$ en deux mois. Et chacun le sait, le pétrole pèse lourd dans le panier énergétique de nos économies occidentales. Une hausse de son cours est une menace inflationniste réelle. Pour autant, les derniers chiffres allemands sont rassurants. Malgré un taux d’emploi record et la croissance, l’inflation est restée stable (1.4%) et les prix de l’énergie sont modérés.

Le paradoxe des grandes liquidités

Mais “imprimer” des billets pour augmenter la masse monétaire peut à son tour conduire à des taux d’intérêt supérieurs aux taux actuels. Ce risque est parfois oublié. Comment est-ce possible? Car l’augmentation de la masse monétaire conduit à accroître les revenus. Ensuite, elle faire naître le risque d’une montée des prix. Enfin, elle fait craindre une inflation anticipée. Ces trois facteurs contrebalancent l’effet de liquidité. Pour autant, malgré les 2.300 milliards injectés par la BCE en zone Euro, l’inflation ne semble pas encore à la hauteur des attentes. Or, dans le contexte actuel, la crainte est d’assister à une inflation soudaine et galopante.

Mondialisation et demande intérieure

L’exemple de l’Allemagne souligne une nouvelle réalité intéressante. Malgré la bonne santé économique du pays, l’inflation apparaît inférieure aux attentes, et à l’objectif de 2% décidé par la BCE pour l’ensemble de la zone Euro. La concurrence accrue due à la mondialisation et la pression à la baisse sur les salaires participent en effet activement à la morosité pesant sur la demande intérieure. La faiblesse de celle-ci est un problème récurrent pour Berlin depuis la décision prise par Schröder de mener une politique de dévaluation interne (lire à ce sujet: Salaires allemands: dévaluation interne & déloyauté). Dans le futur, la question sera d’évaluer l’impact de la modération salariale imposée dans de nombreux pays de l’UE sur l’inflation. Par une compression trop importante du revenu des travailleurs, le risque majeur serait d’être incapable dans l’avenir d’atteindre les 2% tant convoités. D’un autre côté, suite au conflit entre IG Metal et une partie du patronat, une augmentation salariale supérieure à 4% a été partiellement consentie par l’industrie. Si cette tendance se généralise, elle favorisera le retour de l’inflation.

Une menace pour la publique?

Aujourd’hui, la question est de savoir si on assistera à une hausse notable des taux capables d’affecter les états. Alors que nombre d’entre eux connaissent un endettement élevé, un renchérissement des emprunts serait lourd de conséquence pour les finances publiques. Si une montée des taux apparaît assurée, il n’est pas garanti d’assister à son envolée. La raison de ce raisonnement trouve son origine dans la crise financière née des subprimes. Face aux risques inconsidérés pris par les institutions financières à l’époque, de nouvelles règles prudentielles leurs ont été imposées. À côté d’actifs risqués, elles ont également l’obligation de détenir des actifs moins ou peu risqués pour limiter leur exposition en cas de secousses sur les marchés financiers. La demande pour les emprunts d’état ne s’effondrera pas car elle conservera son attrait pour de nombreux investisseurs grâce à la garantie apportée par ce type d’investissement. Une demande élevée pour ce type de produits permettra de maintenir les taux dans une fourchette raisonnable.

Menace sur la dette privée

Dans les circonstances actuelles, la réelle menace est davantage à chercher du côté de l’endettement privé. Avec les taux bas et continus rencontrés sur une longue période, de nombreuses entreprises se sont endettées au-delà de toute raison à des conditions avantageuses. Avec une remontée des taux, la situation deviendra difficilement tenable pour un grand nombre d’entre elles. Quant aux ménages, on assiste également une hausse continue de leur endettement. La hausse de l’immobilier et les faibles taux des crédits à la consommation les ont poussés à s’endetter davantage. Avec la tendance actuelle, si elle se confirme, le risque lié à l’endettement privé apparaît supérieur à celui pesant sur les finances publiques. Si la rémunération sur le capital prêté augmente, la situation des acteurs privés surendettés deviendra vite intenable et présentera un risque élevé pour l’économie mondiale.