Iran: une république … islamique?

L’Iran est à la veille d’une nouvelle élection présidentielle. Le Conseil des gardiens de la Constitution a validé six candidatures. Notons que celle d’Ahmadinejad n’a pas été retenue. Mais la nation iranienne est-elle véritablement islamique ? Ou n’est-elle islamique qu’à travers l’ajout de ce qualificatif à la suite du terme “République”? Est-il logique de voir cette “théocratie” être régie par une constitution et non par la seule Loi divine ?

Le paradoxe est en effet de voir une république se revendiquer être religieuse mais dont l’organisation et le fonctionnement sont régis par une constitution. Adoptée en octobre 1979, la première version de la constitution iranienne apporte pourtant un élément de réflexion. Dans son préambule, il est souligné sans équivoque que le texte repose sur les principes islamiques. Les préceptes religieux sont ainsi relégués au rang d’inspiration. Il en va de même en ce qui concerne la justice. Celle-ci se base sur la justice islamique. Il s’agit donc d’une exclusion: le droit possède un caractère religieux sans être du droit divin.

La Charia comme … référence

L’Iran, en toute logique, aurait dû ériger la Charia comme seule référence. Et ceci n’est pas le cas. Un parlement existe composé d’élus dont le mandat est le reflet de la confiance accordé par le peuple. Il n’est pas question ici de juger si les élections et même l’état répondent aux critères exigés dans nos démocraties occidentales. Le régime iranien n’est pas démocratique au regard de nos préceptes. Mais l’important ici est de souligner l’existence d’une assemblée dont la tâche première est de légiférer.

L’existence d’un droit positif permet ainsi de relativiser fortement l’apparence théocratique de l’Iran. Car la caractéristique du droit positif est sa dimension locale et temporelle. Cela s’oppose dès lors avec le caractère intemporel et universel de la Charia. Si le statu de l’Islam est celui de religion d’État en Iran, cela ne signifie donc pas qu’un droit religieux existe stricto sensu.

Certes, la Charia influence plus ou moins fortement le droit positif mais ce dernier s’en démarque. Dans un article précédent, j’ai souligné le cheminement par lequel le chiisme duodécimain a accouché de la révolution iranienne. Dans cette courte présentation, je termine par rappeler à quel point Khomeiny fut influencé par le marxisme. Encore aujourd’hui, ce dernier demeure d’ailleurs l’une des principales sources d’inspiration des mouvements islamistes. À la lecture de la première constitution iranienne, cette référence saute aux yeux.

L’Iran, Khomeiny et le marxisme

Khomeiny a bâti “sa” République contre l’avis quasi unanime de l’ensemble du haut clergé chiite. Les dignitaires religieux duodécimains refusèrent en effet de lui apporter un quelconque soutien, à quelques exceptions. Face au refus des grands ayatollah, Khomeiny n’est pas parvenu à s’imposer. De cet échec, la séparation entre les fonctions politique et religieuse a été maintenue en Iran. Dans cette perspective, comme le rappelle par exemple Olivier Roy (L’échec de l’islam politique), l’utilisation du chiisme trouve son origine dans la volonté de s’opposer au nationalisme arabe. La crainte était une marginalisation de l’Iran au sein d’un monde musulman sunnite en quête d’unité.