Mondialisation et croissance de la dépense publique

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La mondialisation crée-t-elle une pression à la hausse sur les dépenses publiques dans les pays développés? La réponse à cette question est intéressante en cette période où de nombreuses voix se font entendre pour baisser drastiquement ces dernières. Cet article permettra de souligner l’augmentation de la dépense publique associée à une ouverture croissante des frontières. Il souligne particulièrement l’apport de Dani Rodrik sur cette question.

Historique de la dépense publique

Pour débuter, un coup d’œil sur le passé est nécessaire. Au regard des chiffres, la contestation est difficile. Cela permet de noter l’augmentation notable des dépenses publiques à travers le temps. On remarque ainsi de fortes accélérations de celles-ci. Hors guerres mondiales, différentes accélérations sont aussi visibles. À partir de 1945, on remarque ainsi une dépense publique dont la tendance est une croissance quasi inexorable. Cette orientation se confirme dans les années 1960 alors que les barrières tarifaires et non tarifaires diminuent. Après 1980, une relative stagnation est notable. Avec la crise de 2007, on constate une remontée suivie d’une pause ou d’une légère baisse. Il est à noter qu’à la dépense publique, il serait aussi intéressant d’ajouter les niches fiscales qui s’apparentent aussi à des transferts.

historique de la dépense publique: France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie
Historique de la dépense publique: France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie
historique de la dépense publique: USA, Japon et Grande-Bretagne
Historique de la dépense publique: USA, Japon et Grande-Bretagne

Source: IMF Data, Fiscal Affairs Departmental Data, Public Finances in Modern History

La croissance de la dépense publique en économie ouverte

En 1998, l’économiste Rodrik publia un article intitulé : “Why Do More Open Economies Have Bigger Governments?”. À travers son hypothèse, il vise à démontrer le lien entre croissance de la dépense publique et augmentation du libre-échange. Il prolonge en réalité le travail du politologue Cameron mais avec une analyse économique plus fine. Pour Rodrik, l’explication est à chercher au niveau des risques liés à l’emploi et aux revenus. Dans une économie ouverte, les variations de prix peuvent connaître de grandes amplitudes. Les termes de l’échange peuvent ainsi fortement évoluer à la hausse comme à la baisse. La conséquence des  fluctuations se répercute alors sur l’emploi et les revenus des travailleurs. L’état doit donc assumer un système d’assurance en vue de protéger ses citoyens de ses oscillations parfois brutales.

Face à cette réalité, Rodrik remarque deux différences majeures entre pays développés et en voie de développement. Les premiers développent un système de chômage et de protection sociale. Les seconds adoptent une stratégie différente. Une forme d’assurance est en effet difficile à mettre en œuvre dans des pays où l’état est faible. Ils préfèrent alors augmenter l’emploi public pour absorber la population en quête d’un travail.

Taille du marché intérieur et situation géographique

Rodrik souligne l’existence de deux variables influençant le niveau de la dépense publique. La première est la taille du marché intérieur. Il existe entre celle-ci et la dépense publique une relation inverse. Ainsi, la dépense publique des petits pays  est plus importante que celle des grandes nations. La seconde variable est d’ordre géographique. La dépense publique d’une nation tend à s’accroître si les pays concurrents sont proches d’un point de vue géographique. Ainsi, les États-Unis ou le Japon jouissent d’un relatif isolement et d’un large marché intérieur. Ces caractéristiques leurs permettent d’avoir une dépense publique inférieure aux pays d’Europe de l’Ouest. Ceux-ci possèdent en effet des marchés intérieurs plus petits. En outre, ils sont également proches d’un point de vue géographique.

 

L’hypothèse de Rodrik est intéressante car elle souligne sans contestation possible un lien entre dépense publique et ouverture des frontières. Dans un contexte d’échanges internationaux, cela suppose donc un lien entre la dépense publique et l’exposition d’un pays européen pourvu d’un système d’assurance. On voit ainsi comme les discours simplistes visant à diminuer drastiquement la dépense publique ne reposent pas sur une vision éclairée de la situation. À moins de renoncer aux programmes de redistribution, il serait difficile d’y parvenir. Dans ce domaine, c’est aux électeurs de prendre position.