Moyen-Orient: quelle politique européenne?

Jérusalem - Dôme du Rocher

Au Moyen-Orient, rien n’apparaît jamais simple. Dans le meilleur des cas, les révolutions arabes ont confirmé l’ordre établi sinon un ordre similaire. Au pire, elles se sont transformées en un conflit d’une violence extrême. L’arrivée de Trump n’augure rien de bon. Un flou artistique règne quant à sa politique étrangère, en particulier pour la situation d’Israël et de la Palestine. Quant à l’Europe, elle apparaît poursuivre son errance, sans personne pour tenir la barre. L’Union est comme trop souvent réduite à des initiatives personnelles de l’un ou l’autre état-membre. Il est essentiel pour elle d’enfin parler d’une voix.

Avant toute chose, l’Union doit, à travers ses actions au Moyen-Orient, se recentrer sur ses valeurs. Elle doit aussi cesser le jeu du double discours. Il faut cesser de prôner la paix mais refuser le respect et l’application du droit international dans son entièreté.

L’Europe doit s’affirmer comme une entité respectueuse des peuples. Un recours systématique ou régulier à la violence légitime toute action de représailles de groupuscules envers elle, ses citoyens y compris, comme le prouve l’actualité récente, au sein des ses propres frontières. Vouloir intervenir de gré ou de force, à l’image de l’Empire britannique d’autrefois, perpétue l’existence d’un discours anti-impérialiste. Celui-ci entretient la capacité mobilisatrice de certains groupuscules au sein de pays dont la société civile est fragilisée par de multiples courants contradictoires. L’Union doit aussi changer de stratégie afin de ne pas offrir de prise à tout extrémisme religieux, et dont l’étendard soit frappé d’une croix ou d’un croissant.

Aujourd’hui, la société arabe est marquée par d’innombrables blocages tant d’un point de vue culturel que politique. La dépendance criante à l’Occident et les économies axées presque exclusivement sur la rente servent surtout à consolider des monarchies autoritaires ou de régimes instables. Ipso facto, cela se réalise avec l’approbation tacite de l’Union.

Une histoire différente

Un modèle unique applicable à un monde marqué par la différence est une utopie. Les économies exsangues ou axées sur les royalties procurées par la manne pétrolière ne permettent pas de sortir les peuples de leur condition souvent médiocre. Il est ainsi impossible d’insuffler l’espoir d’une société bâtie sur de meilleures fondations. Face à des régimes corrompus, inconsistants, la religion a été instrumentalisée au point de perdre toute valeur. La pierre angulaire de la politique moyen-orientale européenne doit être les droits de l’homme. En outre, elle doit aussi prôner la laïcité et le respect de la différence. L’objectif est de tendre vers un équilibre des sociétés tout en abandonnant l’idée d’imposer un régime démocratique par l’extérieur.

L’Europe et le Moyen-Orient ont leurs histoires mêlées. C’est au point où l’Europe s’est créée à travers une confrontation avec le Moyen-Orient où émergea l’Islam. C’est en observant l’autre qu’une identité se crée et ce fut le cas pour l’Europe. Pour autant, cela interdit de considérer que les deux régions partagent une histoire commune. L’une et l’autre se traversent, s’interpénètrent et s’opposent. Il est donc impensable de vouloir imposer un modèle européen au Moyen-Orient car cette stratégie est vouée à l’échec.

L’obligation de se réinventer

Mais pour réussir, l’Europe doit afficher sa capacité à se réinventer en interne. Elle doit réussir son projet pour à nouveau devenir un exemple capable de faire rêver. Face aux défis économiques, institutionnels ou sociaux auxquels elle fait face, elle doit se mobiliser afin de pouvoir s’affirmer comme une entité puissante. Il est impératif de démontrer son aptitude à jouer un rôle déterminant et positif dans la région du monde qui lui est la plus proche. Pour arriver à ce but, elle doit avant tout retrouver son unité, sa force mobilisatrice capable de fédérer les gouvernements des états membres et les peuples européens autours de projets phares. Sans une dynamique nouvelle, la crédibilité nécessaire pour faire entendre sa voix sur la scène du Moyen-Orient, et internationale, fera défaut. Last updated: avril 17, 2017 at 13:31