Négociations du Brexit: du mensonge de Blair à ceux de Nigel Farage

Ce 19 juin 2017, débutent les négociations du Brexit. Depuis des mois, la presse ne cesse de rapporter les moindres gestes ou paroles des parties prenantes. Chacun y va de son analyse, et c’est bien justifié tant le sujet est passionnant! Car pour la première fois, un pays prépare sa sortie de l’Union européenne.
S’étendre sur l’ensemble des raisons qui poussèrent le peuple britannique à réclamer un “out” serait fort long. J’aborderai ici un angle particulier: les mensonges de Tony Blair et de Nigel Farage. Plus d’une douzaine d’années séparent les deux épisodes et pourtant, ils sont liées. Le premier cherchait à rassurer les Britanniques quant à la liberté de circulation dans la perspective de l’ouverture à l’Est. Or, dans le résultat du vote, cette question a pesé lourdement, en particulier auprès de la population fragilisée. Pour Nigel Farage, cela concerne le financement des soins de santé, qui mobilisa de nombreux britanniques en les poussant à s’opposer au maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union.

Les raisons du Brexit

D’abord, un court rappel. Le 23 juin 2016, le référendum britannique accoucha d’un résultat qui surprit (curieusement) plus d’un. Le Royaume-Uni, avec une majorité de 51,89%, signifia à Bruxelles son désir de quitter l’Union européenne. Si les électeurs se sont exprimés pour une sortie de l’UE, quelles en furent les raisons? Il s’agit ici de présenter les raisons qui motivèrent le “out” et non de juger de leur pertinence ni de leur justesse. Comme je l’ai indiqué dans une article précédent par exemple, le protectionnisme n’est pas une panacée.

En résumé, il est possible d’énumérer les motivations assez simplement:

  • s’affranchir de Bruxelles et des régulations trop nombreuses tout en libéralisant davantage le commerce
  • récupérer le contrôle de ses frontières
  • éviter de devoir verser quelques milliards de Livres Sterling au budget européen.

En résumé, pour récupérer la souveraineté du Royaume et s’enrichir davantage, sinon pour à tout le moins dépenser moins et mieux.

Des mensonges de Blair …

Pour comprendre, il est évidemment nécessaire de remonter le temps, à une époque où Tony Blair était premier ministre du Royaume-Uni. Une question agitait alors les esprits, il s’agissait de la question de la liberté de circulation des travailleurs. La crainte était de voir de nombreux citoyens de l’Est venir chercher du travail à l’Ouest. Les conditions de vie et d’embauche étaient tellement inférieures à l’Est, que certains craignaient de voir un flot continu de Polonais ou autres débarquer à terme au Royaume-Uni. Pour l’occupant du 10 Downing Street, il fut nécessaire de rassurer chacun et calmer la fronde. Blair, avec l’appui de son administration, minimisa le nombre de ressortissants européens pouvant potentiellement arriver au Royaume-Uni. Au final, la réalité allait rapidement contredire ses affirmations. Les arrivées furent largement supérieures aux prévisions. Aux quelques dizaines de milliers annoncées, ce furent des centaines de milliers de personnes qui se présentèrent, essentiellement jeunes.

Cet afflux soudain de population déstabilisa les Britanniques, plus particulièrement les plus faibles sur un plan économique et social. L’accroissement de la population dans une mesure non prévue par les pouvoirs publics eut des conséquences négatives. Le parc immobilier n’a pas été capable d’absorber les nouveaux résidents et le prix des loyers augmenta fortement. Cette tendance toucha rudement les quartiers populaires où les plus précaires avaient trouvé refuge et vers lesquels se dirigeaient les nouveaux arrivants. En outre, une surpopulation toucha les écoles et les structures d’accueil de la petite enfance. Et à son tour, le système de santé satura malgré l’arrivée d’un personnel soignant venu de l’Est. Enfin, des tensions émergeraient aussi sur le marché du travail. En résumé, rien n’avait été entreprit pour faire face à une augmentation soudaine de la population dans des aires géographiques bien délimitées.

… À ceux de Nigel Farage

Les débats précédant le référendum furent animés. Comme toujours, les intervenants eurent pour certains recours aux omissions, raccourcis et autres stratagèmes en vue de convaincre les électeurs. Notons toutefois que les répercussions d’un Brexit étaient – et sont toujours – tellement complexes à estimer, qu’il était difficile d’affirmer être capable de l’évaluer avec précision. D’une manière ou d’une autre, chacun était dans le brouillard.

Pour les partisans du Brexit, l’un des arguments majeurs fut de permettre au Royaume-Uni d’éviter les dépenses inutiles liées à la participations du budget de l’Union. Cette “économie nette”, car ce fut présenté comme tel, allait permettre d’investir davantage en vue d’améliorer le bien-être des Britanniques. Mais dès le lendemain du vote, ou presque, les partisans du “out” ont avoué avoir quelque peu trompé les électeurs à ce sujet. Après quelques bredouillements suite à une question posée par une journaliste, le leader de UKIP, Nigel Farage, a reconnu en direct à la télévision avoir menti. Ce fut une erreur, déclara-t-il le rouge au front, d’avoir assuré qu’avec la sortie de l’UE, 350 millions de Livres allaient pouvoir être investis chaque semaine dans la NHS. Ce transfert financier fut pourtant l’un des arguments majeurs qui avait séduit un bon nombre d’électeurs … Avec la question des ressortissants européens présents sur le sol britannique.

Coup d’envoi des négociations du Brexit et la boucle et bouclée

Presque un an jour pour jour après le référendum, les négociations du Brexit vont (enfin) débuter. À l’heure actuelle, il est bien délicat de prévoir à quel moment elles s’achèveront et le résultat final. La période qui s’amorce sera certainement houleuse et de nombreuses tensions risquent d’apparaitre entre les protagonistes. Pour ma part, dans un article précédent, j’ai émis l’hypothèse d’un maintien final du Royaume-Uni au sein de l’UE.

Mais comme on l’a vu, il y a plus de douze années déjà, Tony Blair avait – certainement sans le vouloir – semer les graines non de l’espoir mais de la colère. Par une sous-estimation et l’impréparation des autorités à accueillir une nouvelle main-d’œuvre, de fortes tensions sociales et économiques sont apparues. Pourtant, Tony Blair fut le premier ministre britannique le plus européen de l’Histoire, sans se dépouiller de ce pragmatisme typique au Royaume-Uni. Rappelons qu’il a accepté la ratification Convention européenne des droits de l’homme. Ce qui aurait été inimaginable pour ses prédécesseurs. Pourtant, en masquant la réalité, on peut affirmer qu’il a participé à l’écriture du scénario.

Nigel Farage, comme d’autres pro-Brexit, n’ont fait qu’amplifier le mouvement. Ne soyons pas naïfs, les manipulateurs de l’opinion publique – aujourd’hui dénommés populistes – ne sont pas isolés. D’autres, sortis du cadre politique ou institutionnel traditionnel, ne sont pas en reste et peuvent, eux aussi, user de subterfuges pour convaincre certains. En outre, il existe en Grande-Bretagne une opposition historique à l’Union.
Mais à l’instant où les négociations du Brexit débutent, il est malgré tout intéressant de souligner l’action de ces deux hommes forts en leurs temps, deux hommes politiques que tout oppose pourtant. Et malgré cette opposition, d’une même manière consciente pour l’un et non pour l’autre; ils ont participé au résultat final du référendum du 23 juin 2016.