Protectionnisme: les effets pervers

Navire porte containers

Aujourd’hui, certains appellent à davantage de protectionnisme comme Marine Le Pen en France ou Donald Trump aux États-Unis. Il est dès lors intéressant de se pencher sur cette question. Les détracteurs du libre-échange promettent monts et merveilles. Pour autant, interdire le libre-échange signerait l’arrêt de nos économies européennes. Après une introduction sur le libre-échange, cet article aborde synthétiquement les effets pervers apportés par les droits de douane et les quotas à l’importation. Cela permet de souligner à quel point rien n’est aussi simple que certains le prétende. D’autant plus qu’aujourd’hui, l’usage des nouvelles technologies repose sur l’acquisition de licences souvent étrangères.

Le libre-échange

Nos économies ont besoin du libre-échange, c’est une évidence. Les pays européens ne sont pas auto-suffisants au regard de leurs besoins et de la demande des consommateurs. Sans importation, les centrales nucléaires seraient mises à l’arrêt faute de matière fissible. Un autre exemple emblématique est évidemment pétrole. Il sert de combustible mais aussi, il est la base de nos plastiques devenus essentiels. Au final, l’Union européenne est importatrice nette de matière première. Son approvisionnement est donc crucial afin de permettre à nos industries de continuer à produire.

Avec la fragmentation actuelle des chaînes de valeur, on observe des biens finaux assemblés sur base de parties confectionnées dans de multiples pays. Le secteur automobile en est la parfaite illustration. En France, un groupe comme Faurcia équipe les marques françaises mais alimente également les chaînes de production de constructeurs étrangers (Alfa Romeo, Audi ou Mercedes-Benz). On devine donc, à travers cet exemple, les conséquences d’une fermeture partielle des frontières. C’est le risque pour un pays de ne plus pouvoir exporter son savoir-faire à l’extérieur. Les clients iront s’approvisionner auprès d’autres entreprises et l’économie nationale en souffrira.

Un autre aspect devant être abordé est lié à l’utilisation des licences. À l’heure où les nouvelles technologies s’imposent, où de plus en plus de biens achetés comportent une part d’électronique, il est intéressant de souligner la dépendance liée aux brevets. Il suffit de songer aux logiciels installés sur les ordinateurs et serveurs des services informatiques. Or, plus nos entreprises et administrations publiques se “digitalisent”, plus elles deviennent captives de certaines technologies de base brevetées à l’étranger, en particulier aux États-Unis. À l’heure où n’importe quel véhicule ou avion embarque une grande quantité d’électronique, cette problématique ne peut être ignorée. Moins encore si on songe que chacun aujourd’hui ou presque possède un smartphone, un téléviseur ou une “box” permettant de se connecter à l’internet … tous remplis d’électronique.

Le droit de douane

Le droit de douane frappe les biens importés sur un territoire. Pour ses partisans, il vise à protéger une industrie nationale de concurrents étrangers. Par cet impôt, il rend le bien fabriqué chez le voisin moins concurrentiel au niveau du prix. De cette manière, le consommateur portera sa préférence sur l’équivalent national. Il s’agit donc d’un soutien aux producteurs nationaux. Le protectionnisme sera dès lors positif …

Cette vision a le mérite d’être simple. Chacun la comprend et peut la considérer positive. Pourquoi donc s’opposer à une mesure favorisant l’industrie nationale ? Le protectionnisme n’est-il donc pas positif? Mais l’histoire est plus complexe. Car un droit de douane a un double effet. D’abord, il renchérit effectivement le produit fabriqué à l’étranger et écoulé sur le marché domestique. Ensuite, et nombreux l’omettent, il maintient un niveau de prix élevé sur le territoire national. C’est le résultat de l’absence d’une juste concurrence. De la sorte, on observe une augmentation du profit des entreprises nationales et, par corolaire, de l’enrichissement des détenteurs d’actions de ces entreprises. Quant au consommateur, il devra dès lors débourser davantage pour obtenir un bien (ou son équivalent) vendu moins cher à l’étranger. À l’origine de ce phénomène, existe une simple distorsion de l’offre et de la demande.

Évidemment, le droit de douane rapporte de l’argent à l’état. Dès lors, l’utilisation de cette “manne” doit aussi être étudiée. Dans ce cas, c’est au politique de décider de l’allocation des ressources financières ainsi prélevées. Il peut soutenir une politique de sociale de redistribution ou, à l’inverse, mener une baisse d’impôt sur les plus hauts revenus par exemple. Le risque est donc de voir les détenteurs de parts dans les entreprises nationales être gagnants sur les deux tableaux. Ils peuvent jouir à la fois de l’augmentation des profits des entreprises nationales et d’une baisse de leurs impôts. De cette manière, les inégalités augmenteraient fortement. Au final, il s’agit d’un choix de politique publique: favoriser une classe sociale au contraire d’une autre ou viser un équilibre.

Toutefois, il peut être mentionné l’existence du “droit de douane optimal”. Dans ce cas, il existe une amélioration des termes de l’échange. Mais ceci est seulement valable pour les grands pays (ou un grand ensemble comme l’UE où une action commune est menée). Dans ce cas, vu sa taille, un grand pays a la capacité d’influencer le cours mondial du produit frappé du droit de douane. Par l’interdiction d’importer un bien, la demande mondiale pour ce bien baissera d’une manière significative. Cette baisse influencera alors son prix.

Les quotas d’importation

Un quota à l’importation d’un bien autorise seulement une quantité limitée d’un bien en provenance de l’étranger à entrer sur le marché domestique. Il existe ainsi une distorsion de la concurrence. Un cas célèbre, repris dans toutes les écoles, fut les quotas imposés à l’industrie automobile japonaise en Europe. Pour protéger leurs fabricants nationaux, les pays européens ont limité les importations de véhicules japonais sur le territoire de la Communauté dans les années 1980-90. Les constructeurs français espéraient particulièrement profiter de ce protectionnisme.

En effet, les véhicules japonais présentaient de meilleurs arguments au niveau qualité-prix que les firmes de l’hexagone. Ils profitaient également d’un coût de fabrication avantageux. Pour autant, face aux quotas, les Japonais ont réagi par le développement de voitures de gammes supérieures pour s’installer dans les segments les plus profitables. De la sorte, ils ont augmenté leurs profits! Exprimer différemment, ils ont capté la rente lié à l’imposition du quota. Avec un droit de douane, la rente liée à la protection est captée par l’état. Dans le cadre de quotas, celui-ci ne peut donc pas mener une politique de redistribution s’il le désire car les acteurs privés captureront toujours la rente. Au mieux, on peut espérer de voir à terme l’industrie nationale se réorganiser et accroître son efficacité et sa productivité.

Les raisons sociales des mesures protectionnistes

Le prectionnnisme a donc généralement des effets néfastes sur le plan “purement” économique. Pour autant, elle peut dans certains cas permettre de répondre à un mauvais fonctionnement détecté sur le territoire national. Ainsi, si les revenus liés au libre-échange sont mal distribués, les pouvoirs publics ont la capacité de mener des actions visant à mieux équilibrer leurs répartitions à travers la société. L’arbitrage se fera alors en fonction des groupes d’intérêt. Les classes sociales qui arriveront le mieux à s’organiser et à être le mieux représentées sur le plan politique auront de meilleures chances de bénéficier des mesures protectionnistes.

Malgré tout, toute mesure protectionniste génère des effets qu’il est parfois difficile de prévoir au niveau de l’offre et de la demande et des conséquences sur les revenus. Pour autant, activer une politique protectionniste pour corriger des défaillances internes n’est pas la voie idéale. Afin de corriger des dysfonctionnements internes, comme le marché du travail, d’autres outils existent que la politique commerciale.

Le risque de protéger des activités peu rentables et peu innovantes

La protection d’une industrie nationale risque de protéger des industries dont la rentabilité est faible. En maintenant la concurrence loin du marché domestique, l’intérêt de rationnaliser leurs processus de fabrication est moins urgent pour les acteurs nationaux. En outre, l’industrie peut être poussée à peu innover jusqu’à rencontrer des problèmes à l’exportation en proposant des biens peu compétitifs. Si les effets du protectionnisme peuvent apparaître positifs chez certains, l’effet à moyen et long terme s’avère être catastrophique quant à l’innovation.

Protectionnisme: le coût pour le contribuable

Le coût financier pour les contribuables peut aussi être conséquent. Mener des politiques protectionnistes n’est pas neutre sur un plan financier. On a vu comme les droits de douane maintiennent des prix élevés auxquels le consommateur ne peut pas échapper car la concurrence est biaisée. Un exemple existe en Europe où les producteurs sont massivement subventionnés.

Depuis son origine, l’Union soutient financièrement la production agricole à travers la Politique agricole commune. Celle-ci appartient de faite au protectionnisme. Or, pour la période 2014-2020, le poids financier de la PAC est conséquent: 408 milliards d’euro à payer par les citoyens de l’Union à travers l’impôt en vue de supporter les agriculteurs. À ce montant, il faut également ajouter les coûts indirects envers la société et l’environnement … Mais dans de nombreux pays, les agriculteurs forment un lobby très bien organisé et capable d’influencer le débat, comme en France. Le système de prix garanti favorise donc les producteurs et non les consommateurs.

 

On le voit, le protectionnisme a un coût économique. Il existe des perdants et des gagnants, ces derniers capables de mieux s’organiser. De plus, vouloir régler à travers la politique commerciale des problématiques intérieures à un pays n’est pas l’instrument idéal. Mais surtout, fermer les frontières est devenu impossible au regard de besoins de l’industrie européenne. Malgré tout, certains proposent une sorte de fermeture “partielle”. Mais se pose alors la question: quels produits interdire ? Où se situerait la limite ? À quel endroit fixer le curseur sans devoir subir le contrecoup de la décision ? Car la fermeture des frontières, il est probable de les partenaires commerciaux réagissent avec fermeté.

 

Lien: Financement de la politique agricole commune (2014-2020)