Salaires allemands: dévaluation interne & déloyauté

Mercedes

En Europe, l’inflation idéale a été fixée voici bientôt 20 ans par la BCE. Comme aucune précision à ce sujet est stipulée dans les traités de l’UE, la BCE a pris l’initiative de définir celui-ci. Pour l’institut localisé à Francfort, “la stabilité des prix correspond à une  hausse annuelle de l’indice des prix à la  consommation  harmonisé  (IPCH)  pour  la  zone  euro  inférieure  à  2 %”.

Allemagne: la crainte du spectre de l’hyperinflation

Pour comprendre la raison des 2%, il est nécessaire de remonter le temps. L’Allemagne souffre de son histoire. La première guerre mondiale achevée, la République de Weimar a connu une situation d’hyperinflation traumatisante. Bien que l’impact de cet épisode sur la montée du nazisme a été relativisé, il existe toujours à Berlin la crainte d’assister au retour d’un tel phénomène. Dès lors, la République allemande a pesé de tout son poids afin d’éviter de voir l’Europe en proie à une forte inflation. Derrière la modération des 2%, apparaît cette exigence. Or, sitôt cette option validée, l’Allemagne a pris le contrepied de cette mesure. Désireuse de relancer son économie (au détriment des autres pays), il a opté pour une stratégie de cavalier seul.

La dévaluation interne

Avec la monnaie unique, il est devenu impossible pour les pays de la zone de Euro de dévaluer. En effet, la politique monétaire est dorénavant de la responsabilité de la BCE. Une solution alternative consiste alors pour un pays à mener une “dévaluation interne”. L’objectif est de retrouver de la compétitivité. Cette stratégie vise à améliorer les prix relatifs. Pour ce faire, une technique courante est de baisser le coût du travail. Dans la pratique, il s’agit surtout de diminuer la fiscalité sur les salaires. Cette option a été celle de l’Allemagne dans les années 2000, du temps de Gerhard Schröder.

Si cette option permet d’améliorer les exportations d’un pays, le risque est d’assister à une baisse marquée de la demande intérieure. Pour Berlin, c’est ce qui s’est produit en partie. Les allemands ont diminué leur consommation. Au final, le pays a ainsi dégagé d’énormes excédents commerciaux en “pompant” la (faible) croissance de ses voisins tout en exportant massivement dans et en dehors de l’Union. Or, l’excédent des comptes courants d’un pays appartenant à une zone monétaire est source de déséquilibres. En menant cette politique de dévaluation interne, l’Allemagne a ainsi trahi ses partenaires en les fragilisant.

La déloyauté allemande

Le paradoxe est donc celui-ci: voir une Allemagne imposant un taux d’inflation idéal de 2% pour aussitôt mener une politique de dévaluation interne. Longtemps reproché à demi-mot, cette attitude à finalement été dénoncée par la Commission. En mars 2014, cette dernière a enfin exigé de Berlin d’arrêter de mener une politique d’hyper-compétitivité en mettant en danger toute la zone monétaire. De plus, Bruxelles a souligné craindre de voir l’Allemagne ne pas allouer ses extraordinaires excédents de la meilleure des façons. Le pays souffre d’une infrastructure vieillissante bénéficie trop peu des surplus dégagé. Il est noté que l’Allemagne s’impose une équilibre budgétaire (“règle d’or”) mais dont elle s’est souvent écarté malgré tout (voir l’article “Un pacte de stabilité interne favorise-t-il l’équilibre budgétaire?“)

Salaire minimum

Atteinte de surdité à ce sujet, Angela Merkel au final entendu le message. L’instauration d’un salaire minimum en Allemagne a été un signe fort envers les partenaires du pays. Lancé le 1er janvier 2015, il n’a pas engendré l’effet destructeur annoncé par certains. L’économie allemande se porte toujours bien, favorisée pour l’instant par une tendance démographique à la baisse. Amorcé déjà en 2013 (avant donc le salaire minimum), la demande intérieure allemande apparaît poursuivre ce mouvement en 2017, même modestement. Les consommateurs et l’État ont l’un et l’autre participé à cette relance. Malgré tout, les exportations allemandes ont augmenté dans une plus grande proportion que les importations. Ce qui risque de ne pas rassurer l’ensemble des partenaires européens de Berlin.