Négociation du Brexit: pourquoi tant de difficultés côté britannique?

Les négociations du Brexit continuent, vaille que vaille. À l’analyse, et selon les témoignages, les Britanniques apparaissent peu préparés et avancent sans vision claire. Est-ce si étonnant ? Rapidement après son entrée dans la CEE, le Royaume-Uni a incarné le libéralisme le plus strict. Or, le Brexit est l’exact opposé de l’idéologie politique et économique dominante à Londres. Sous un couvert d’une envie de moins de règlementation, se dissimule un repli sur les frontières. Cet article expose quelques raisons pouvant expliquer l’impréparation du Royaume-Uni à l’exercice de la négociation.

Retour du protectionnisme

L’un des arguments pro-Brexit évoqué durant la campagne du référendum fut la volonté de ne plus subir la “rage régulatrice” de l’UE. Avec moins de réglementation, le Royaume-Uni allait être capable de défendre sa compétitivité. Pour autant, le ressort même du Brexit est un repli protectionniste. En première ligne, il existe le désir de s’opposer à la liberté de circulation des personnes et dès lors, des travailleurs. Cette position se situe en parfaite contradiction avec les idéaux du libéralisme. Vient ensuite un désir de protéger son industrie, en tout ou en partie, des attaques extérieures. À nouveau, une contradiction existe entre cette volonté et la vision libérale de l’économie soutenue par Londres depuis longtemps.

La surprise du référendum du Brexit

Au demain du référendum du Brexit, le réveil a été pénible au sein d’une large part de l’élite britannique. Qu’elle vienne de la City, du monde industriel ou de la politique, et malgré parfois certaines réticences quant aux décisions de l’Union, elle est acquise à l’appartenance à l’UE. Son espoir fut de lui faire prendre un virage définitivement libéral. Confiante, elle avait exclu une défaite au référendum. Or, la réalité est venue contrarier ses plans. Mais surtout, elle a été prise au dépourvu: aucun plan B n’était prévu. En d’autres termes, elle n’avait pas la moindre idée de la manière dont elle allait gérer la “crise”.

Une élite “ultra-libérale”

L’élite britannique est issue des meilleures écoles et universités. Or, par exemple, la London School of Economics n’a pas pour réputation de forger des armées de futurs révolutionnaires d’inspiration maoïste. Au contraire, l’ensemble des institutions académiques sont réputées pour valoriser une vision très libérale du monde. Tant sur le plan politique qu’économique, les idées libérales sont portées aux nues. L’esprit des étudiants en est imprégné et seule une minorité la conteste.

Or, avec le Brexit, voilà cette élite soudain être obligée de naviguer à contre-courant de ses idéaux. D’un coup, elle manque d’arguments et doit résoudre les contradictions qu’impose le Brexit. Elle qui depuis toujours prône une ouverture croissante du monde, se retrouve soudain être contrainte de bâtir des murs. D’un coup d’un seul, elle est obligée de servir une cause contraire à ses principes. Sans aucun doute, il existe chez elle une difficulté à envisager une Grande-Bretagne isolée, éloignée du continent vers lequel le pays écoule une grande part de sa production industrielle ou de ses services. Le résultat du référendum a plongé les fonctionnaires ou diplomates britanniques dans une grande perplexité. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à voir aujourd’hui les négociations s’embourber.

Plus fondamentalement, avec les coups sans cesse portés contre une Union jamais assez flexible et libérale, l’élite londonienne semble aujourd’hui réaliser ses erreurs. À force de discréditer l’UE durant des décennies, elle se retrouve face à la situation absurde de devoir renoncer à ses idéaux. Aujourd’hui, elle est obligée de dénoncer ce en quoi elle croit: un Royaume-Uni ouvert, où biens, services, capitaux et personnes circulent sans contrainte dans un monde ouvert. Il est dès lors compréhensible aujourd’hui de la voir perdre pied et arriver à Bruxelles sans proposition concrète, sinon celle d’accepter l’ensemble des exigences britanniques.